15. Terre d'exile ... Port de France

Publié le par Kikounette

C'est la loi du 30 mai 1854 qui instaure et organise la peine aux travaux forcés dans les colonies. Ce que l'on appel "la transportation". Et qui dit que :

Les condamnés doivent être employés "aux travaux les plus pénibles de la colonisation et à tout autre travail d'utilité publique"

Tout individu condamné à moins de huit ans de travaux forcés est tenu, à l'expiration de sa peine, de "résider dans la colonie pendant un temps égal à la durée de sa condamnation". Si la peine est égale ou supérieure à huit ans, il devra y résider toute sa vie.

Les condamnés qui se sont "rendus dignes d'indulgence pour leur conduite, leur travail et leur repentir" sont susceptibles d'obtenir l'autorisation de travailler aux conditions fixées par l'Administration, ainsi qu'une concession de terre et la faculté de la cultiver pour leur propre compte, ladite concession devenant définitive à la libération du condamné.


Par décret du 2 septembre 1863, la Nouvelle Calédonie devient "terre de bagne" et le 20 mai 1864, le gouverneur Guillain affecte la totalité de l'île Nou à l'Admninistration pénitentiaire.

Le moniteur du 20 décembre 1863 annonce le premier contingent de bagnards. IL fut composé de 250 transportés. L'île Dubouzet (Nou) a été choisie comme lieu de dépôt et le contingent annoncé sera interné près des sources d'eau douce.




C'est l'Iphigénie qui achemine les condamnés, ouvriés spécialisés pour la plupart. Elle se présente à la rade de Nouméa le 8 mai 1864. Le gouverneur Guillain n'a de souci de développer la colonisation pénale. Les transportés ont peu d'espoir de retour. Pour la plupart, il s'agit d'un exil définitif. Ils ont été sélectionnés dans cette perspective ! Et la durée de leur peine est significative. Les motifs des condamnés sont très diverses : homicides et tentatives, vols qualifiés, cambriolage, attentats à la pudeur et violes, usages de faux, incendiaires, voies de faits ...

Après avoir été occupés à la construction du pénitencier de l'île Nou, les condamnés de l'Iphigénie participent à l'ouverture de la ferme modèle de Yahoué et à la fondation du centre agricole de Bourail.










Cinquante d'entre eux obtiendront une concession à Bourail, Pouembout, La Foa et Diahot notamment.

En 1890, sur les 250 premiers transportés, 207 seront décédés dans la colonie, 2 en cours de route et 7 seront considérés comme évadés ou disparus.

Un second convoi, à bord de la Sybille, arrive à port de France le 14 juillet 1866 avec 200 condamnés. le futur bourreau de l'île Nou.

En avril 1967, un lugubre colis parvient à l'île Nou. Ce sont "les bois de justice". Jusqu'alors, les condamnés à mort sont fusillés.



 Mais ce mode d'éxécution est normalement réservé aux seuls militaires. La guillotine qui vient d'être débalée ne semble pas très récente. Guillain, dans un courrier du 22 avril 1867, note même : "L'instrument à été monté et essayé hier, la lenteur avec laquel le couteau tombe et la manière irrégulière dont il glisse donne des craintes sur le résultat de l'opération [...]



A partir de cette période, les effectifs ne cesseront d'augmenter. Ils atteindront 2 600 bagnards en 1870, au départ du gouverneur Guillain. Un gouverneur qui aura démontré à leur égard une réelle mansuétude en favorisant le travail à l'extérieur du bagne.  (A suivre...)

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